La nuit feroce

Ricardo Menéndez Salmón

Editions DO

  • 13 août 2020

    Espagne, 1936, dans un village reculé. Homéro, instituteur, dîne chez des habitants, pas de salaire, mais les repas sont pris chez l’habitant. C’est pourquoi, les instituteurs sont surnommés les pique-au- pot… Pourquoi aller à l’école ? Pourquoi enseigner ? Pourquoi faire ? Cela inquiétait la mère d’Homéro, qui lorsqu’il apprenait à lire et à écrire lui asséna « ne t’avise jamais d’être libre ».
    On parle de la guerre, loin du village mais bien présente. La guerre, Homéro, ce n’est pas son affaire. Car « rien ne laisse autant de trace que l’apprentissage l’horreur (…) ».
    Puis la conversation dérive sur la petite fille du village, violée et tuée quelques jours plus tôt. Le curé du village accompagné de villageois arrive chez l’habitant, leur demande de les accompagner pour débusquer le coupable. Loi du Talion. Mais Homéro ne se joint pas eux, ni l’habitant.
    Homéro rentre à l’école.. Un coup de feu claque. Deux vagabonds, à la recherche de travail, à bout de force, frappent à sa porte. Il leur conseille de ne pas rester dans les parages en ce moment.
    D’ailleurs, une vieille femme, ayant vaguement aperçu leurs silhouettes fatiguées, affirme avoir vu les coupables. La traque commence.
    Homéro écrit. Sur la fondation d’un village. D’un homme. Et c’est le prétexte à montrer, à dire. Dire que « de tous les plaisirs que connaît l’homme, aucun n’est plus grand que celui de causer de la douleur. La contemplation de la beauté ou la transe de l’amour physique ne peuvent se comparer avec la jouissance de briser un os. Et le fait que les philosophes n’aient pas encore trouvé de raison convaincante, décisive, irréfutable, pour justifier cette caractéristique de la nature humaine, est un des plus profonds mystères qui soient. L’homme lance des ponts, domestique des forêts ou résout des problèmes mathématiques posés il y a des centaines d’années, mais tout son génie, toute sa patience et toute sa ferveur pâlissent devant l’énigme de sa méchanceté ». 

    Dans ce court roman, à l’écriture aussi tranchante qu’un coup de couteau, aussi violente qu’un coup de poing, des mots sont admirablement posés sur l’obscurité de l’homme.