Le contrat

Ella Balaert

Éditions des femmes-Antoinette Fouque

  • Conseillé par
    20 février 2022

    Le plus dur pour moi, ça va être de tenter de n'être point trop décevant dans ma chronique par rapport à ce superbe roman d'Ella Balaert. Qui commence fort : "C'est pourtant la meilleure des choses qui soit arrivée à Jeanne, de se faire abandonner par Thierry. Combien de temps aurait-elle mis à partir d'elle-même ? A ne plus subir les humiliations de son mari ? Il y a des douleurs auxquelles on s'attache, des souffrances dont on aime à gratter la croûte ; il y a des mortifications dont on tire un orgueil démesuré, des rabaissements qui procurent un sentiment de supériorité si intense qu'ils nous consolent d'être traités comme des chiens." (p.17)

    Puis qui continue sur le même rythme avec des personnages forts et profondément décrits : la douce et effacée Jeanne, presqu'invisible. Le dandy flamboyant Christophe, cynique. Sans oublier Mado, la presque nonagénaire, sa petite fille et Nadège, et Achard respectivement actrice et réalisateur. Ils interrogent sur la création, sur l'art, la littérature, l'amour, le désir. Mais aussi sur la mort, sur ce qu'on laissera une fois trépassé. Sur les conséquences des sévices subis dans l'enfance : l'agression sexuelle, le viol, l'abandon par les parents, la violence des hommes... Un roman féministe ? Peut-être, mais ce serait réducteur, c'est un roman qui parle des femmes agressées, et qui contraintes ou volontairement relèvent la tête et se battent chaque jour. Ce roman creuse en profondeur ses personnages, de sorte qu'ils vivent avec nous toute la durée de la lecture et même après.

    J'aime beaucoup sa construction qui alterne les narrateurs et ouvre des parenthèses avec d'autres. Ella Balaert construit un roman-puzzle dont il est difficile de sortir avant d'avoir posé la dernière pièce. C'est fin et délicat. Tout est dit, rien n'est superflu.

    Et pour finir, je suis sous le charme de l'écriture de l'autrice, entre réalisme et poésie. De belles phrases qui vont au cœur des personnages, qui décrivent admirablement lieux et décors. Un style impeccable et élégant dans lequel, parfois, viennent se caler quelques mots rares et beaux. Et comme des clins d’œil, des liens vers les précédents ouvrages d'Ella Balaert, notamment Jeanne, la fille de la Mont-Joli l'un des personnages de Canaille blues, que je vais relire bientôt.

    Les personnages, le style, la construction, tout concourt à faire de ce roman l'un des plus beaux que j'ai lu récemment, et si vous ne devez lire qu'un livre de cette rentrée littéraire de janvier, c'est celui-ci !


  • Conseillé par (Libraire)
    19 février 2022

    Un roman magnifique, puissant et surprenant

    Jeanne est mère d’un adolescent, séparée d’un mari qui la rabaissait, enseigne l’allemand. Dans sa vie, Jeanne est transparente. Elle est perdue « (…) une modification de l’air autour d’elle, plus opaque et ombreux, petit à petit lui a rendu plus difficile d’avancer, de respirer, de parler même. Insensiblement, elle a perdu confiance en tout, et la vie ne fait plus sens. Sans doute y avait-il une faille, venue de l’enfance, que le temps et quelques mauvaises rencontres n’avaient fait qu’agrandir et creuser, entre sa tête et son corps, entre son monde et celui des autres, entre elle et la vie. »
    Jeanne est aussi écrivaine. Elle n’a pas publié depuis quelques temps. « Longtemps, elle a cru que l’écriture serait une manière de résistance. De réparation. Mais s’il y avait de l’irréparable ? Si écrire arrachait la croûte et creusait la plaie ? Si écrire était un processus infectieux, au contraire ? Si écrire plongeait ses crocs dans le mou du monde, bien plantés dans ses poumons crus et sanguinolents ? On n’écrit jamais que pour remonter le temps. Mais c’est fini, Jeanne n’aspire plus qu’à se laisser flotter au gré du courant. (…) Si seulement quelque chose ou quelqu’un, un inconnu peut-être, pouvait lui proposer enfin, quelque chose de nouveau ! »
    Christophe Lambert travaille dans l’édition et vient de perdre son meilleur ami, écrivain. Il est le légataire de son tout dernier manuscrit fraichement achevé. Ce qui lui donne une idée : créer une maison d’édition dont le créneau sera de n’éditer que des textes posthumes. Ainsi naissent les « Editions thanatographes ». Jeanne croise Christophe sur un salon. Mais qui sont-ils réellement ? Que se cache-t-il derrière eux ?

    Dans ce roman « poupées russes », porté par une écriture si puissamment émouvante et sensuelle que les larmes affleurent, l’esprit est éveillé, Ella Balaert nous offre une réflexion profonde sur la dualité de la réalité et de l’apparence, l’imbrication entre le « vrai réel » et le « réel rêvé ». Comment les « mots, ça vous enrobe le réel, pour le meilleur et pour le pire ». Et comment cette dualité et cette imbrication construisent nos vies et posent la question de savoir si ce chemin d’existence n’est fait que de coïncidences ou bien relève du destin. « L’histoire du hasard nous mènerait bien quelque part », comme le chante si bien Nawel Ben Kraïem (« Neuf mois », album Délivrance).

    Un roman magnifique, puissant et surprenant qui, une fois refermé, laisse trotter comme une petite note dans la tête : de ces permanentes, diffuses, et parfois inconscientes oscillations nos existences sont traversées, inlassablement.


  • Conseillé par (Libraire)
    18 février 2022

    Faustement vôtre

    Des personnes dont le cœur est aussi à vif que les mots qu’elles retiennent et veulent partager.

    Avant cela cependant, il y a le Contrat, et le signer n’est pas sans conséquences. Car la nature des gens à l’autre bout de ces morceaux de papiers semble on ne peut plus trouble…

    Une histoire comme un étourdissement léger au premier abord avec des repères familiers soudain de plus en plus flous.
    Les phrases deviennent alors ivresse, mais une ivresse d’un très bon cru !

    Et vous, oserez-vous signer?